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Passer la frontière Mexique Guatemala : la galère !

Passer la frontière Mexique Guatemala : la galère !

Vous qui souhaitez passer du Mexique au Guatemala par la frontière terrestre, ceci pourrait bien vous intéresser. Nous l’avons fait en octobre 2014, et ce fut … plutôt épique !

Etape 1 : choisir la bonne frontière

Après 3 semaines passées au Mexique, nous décidons de céder à l’appel du Guatemala. Etant dans la ville de Palenque, deux possibilités s’offrent à nous :

  • Passer par Frontera Corozal, à 2h15 de Palenque : c’est le passage le plus au Nord, qui permet ensuite de rejoindre facilement le site archéologique de Tikal et la belle ville de Flores
  • Passer par Ciudad Cuauhtemoc, à 2h de San Cristobal de las Casas : entrer au Guatemala par là est le mieux pour visiter la région des volcans autour de Quetzaltenango

Passer frontiere Mexique Guatemala

Choix n° 1 pour nous : l’objectif est d’aller visiter Flores et le site de Tikal, au Nord du Guatemala, puis de passer au Belize.

Seulement voilà, avant de partir du Mexique, nous voulons voir la ville de San Cristobal de las Casas. Nous partons donc de Palenque pour San Cristobal, en nous disant que nous pourrons toujours aller ensuite à la frontière de Frontera Corozal depuis là.

5h de bus horribles dans les montagnes, virages serrés et freinages intempestifs de notre chauffeur, nous arrivons à San Cristobal et découvrons qu’il n’est pas possible de rejoindre Frontera Corozal depuis San Cristobal. Notre seul moyen de rejoindre le Guatemala est maintenant par Ciudad Cuauhtémoc, ce qui nous fera arriver beaucoup trop au Sud pour visiter Tikal et passer au Belize !

Il nous reste la solution de rebrousser chemin jusqu’à Palenque… mais le souvenir de ces 5h de bus dans nos estomacs nous en dissuadent fortement. Le Belize ce sera donc pour une autre fois !

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Etape 2 : prévoir les frais de sortie du Mexique

Et oui : traverser une frontière par voie terrestre oblige à payer cash les éventuels frais d’entrée et de sortie du territoire (en avion, ces frais sont compris dans le prix de vos billets !).

Pas renseignés, la fleur au fusil, nous utilisons quasi tous nos pesos mexicains pour payer le minivan pour la frontière (300 pesos chacun), persuadés que nous n’aurons plus besoin de pesos. Arrivés là bas, le bureau d’immigration prend nos passeports … et nous demande 306 pesos chacun (16 euros) pour sortir du territoire ! Ca n’a pas l’air d’être une arnaque : des papiers officiels détaillent les tarifs.

Aucun distributeur dans la ville. Nous n’avons pas de dollars sur nous (autre erreur). L’agent d’immigration nous fait comprendre que si nous ne payons pas, nous ne sortons pas du Mexique. Bref, nous sommes mal barrés !

C’était sans compter sur la générosité de nos compagnons voyageurs : dans le van, les gens se « cotisent » pour que nous puissions payer notre sortie.

J’ai l’impression de faire la manche avec ma main tendue à chaque rangée !

A savoir : rien à payer si vous restez moins d’une semaine dans le pays. Dans tous les cas, il vous faut impérativement conserver le papier d’entrée qu’on vous a donné lors de votre arrivée au Mexique.

Finalement, nous réunissons la somme nécessaire et au-revoir le Mexique !

Plus tard au Guatemala, nous rencontrerons un italien nous affirmant que si vous arrivez au Mexique en avion, ces 306 pesos de sortie sont déjà inclus dans le prix de votre billet. Il vous suffit de garder votre boarding pass et de le montrer à l’immigration de sortie. Si l’agent veut quand même vous faire payer, exigez de parler à son responsable. Ça a marché pour lui, mais nous n’avons pas pu vérifier cette information : à tenter ?

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Etape 3 : éviter de se faire arnaquer en entrant au Guatemala

Sortir du Mexique, c’est bien. Entrer au Guatemala, c’est mieux. Nos sacs sur le dos, nous traversons la frontière à pied et arrivons au bureau d’immigration guatémaltèque. Dans la queue de voyageurs devant nous, personne n’a l’air de payer quoique ce soit. Aucune information tarifaire n’est affichée sur les murs. Les agents tamponnent les passeports à la chaîne.

A notre tour, l’agent prend nos passeports, les tamponnent (youpi ça y est on y est arrivés !) … et nous demandent 2 dollars US par personne pour rentrer sur le territoire. Nous lui demandons pourquoi, tout ce que nous obtenons comme réponse c’est son vieux collègue qui nous crie « 2 dollares ! ». Tout le monde se regarde dans la queue. Nous sentons bien l’arnaque, mais même si nous voulons payer, nous n’avons plus rien sur nous !

Je lui demande où est le distributeur le plus proche, il m’explique qu’il faut prendre un taxi, c’est à 5 minutes. Je jette un coup œil dehors : le bus qui doit nous conduire à la prochaine ville est déjà là, je n’aurai jamais le temps de faire l’aller/retour au distributeur.

Je suis en pleine tentative d’explication de mon problème quand surgit un autre agent, visiblement mécontent qu’on bloque sa belle chaîne de tamponnage de passeports. Mon interlocuteur lui explique que nous n’avons pas d’argent. Il jette un coup d’oeil à nos passeports (déjà tamponnés qui plus est, techniquement on est déjà en droit de rentrer dans le pays), et nous dit de passer. Tout simplement.

Je récupère nos passeports, sous le regard du vieux qui nous avait hurlé de payer. Je comprends que son petit extra de la journée vient de lui passer sous le nez.

Une fois dans le bus, nous nous apercevons qu’absolument personne à part nous n’a été sommé de payer : nous avions certainement de bonnes têtes de gringos, voilà tout.

Moralité : l’entrée au Guatemala est gratuite ! Demandez à voir un responsable dans le cas contraire, et, surtout, demandez un reçu. Dans la majorité des cas, ils ne pourront pas vous faire ce reçu et vous laisseront passer.

En espérant que cela vous serve !

 

Voyages : la course au nombre de pays ?

Voyages : la course au nombre de pays ?

Puis-je me permettre un coup de gueule ? Allez juste un. Ça fait un bail que je n’ai pas râlé (ce sont mes ex-collègues qui doivent être contents).

Depuis 4 mois, nous avons rencontré un nombre incalculable d’autres voyageurs. C’est très souvent l’occasion d’apprendre des tas de choses sur leurs pays d’origine, leur culture, ou bien sur les pays qu’ils ont traversé. Mais de temps en temps, nous nous nous confrontons à un spécimen qui personnellement me hérisse le poil : le « serial » voyageur. On l’appellera ici Jean-Michel (je m’excuse d’avance auprès de tous les Jean-Michels de la planète, ceci est juste un exemple).

J’ai fait X pays, … et toi ?

Jean-Michel est un voyageur, un vrai : il parcourt la planète, sac sur le dos, reflex Canon au poing, Lonely planet dans la poche. Et il aime parler. Il aime par dessus tout raconter les pays qu’il a « fait ». Oui il « fait » des pays comme moi je fais des cookies, chacun son truc.

Jean-Michel vous narrera ses randonnées incroyables dans la jungle, ses rencontres profondes avec les indigènes (et c’est finalement là, auprès de ces gens, que tu touches du doigt le sens de la vie), ses expériences hors des sentiers battus (je me rends bien compte que je suis allé là où peu d’étrangers s’aventurent). Car il en a vécu des choses, Jean-Michel. Il en a fait des pays, tellement qu’il ne les compte même plus. Mais il se fera un plaisir de vous les énumérer pour que vous connaissiez le chiffre exact. Il est en réalité très attaché à son « score » de pays.

Mais Jean-Michel est également un généreux, un être au cœur gros comme ça. Alors il va vous apprendre comment voyager (oui parce que votre façon de voyager, quelle qu’elle soit, est forcément pourrie). Il a « fait » plus de pays que nous, ce qui semble lui procurer un ascendant naturel sur ses camarades voyageurs.

Manque de tact ? Ego démesuré ? Problème de confiance en soi ? La rencontre de ce genre de personnes est toujours l’occasion d’enrichir sa réflexion sur le genre humain.

Nous avons notamment rencontré ce canadien qui s’était fixé comme objectif de visiter 100 pays avant de mourir (son site web). Il tenait donc un fichier Excel des pays visités, et nous a avoué faire parfois un détour d’une journée à la frontière d’un pays, « pour pouvoir cocher le pays dans son fichier Excel ». A cet instant, je me suis vraiment demandé quel enrichissement il tirait de ce type de voyage.

Et si on va sur la Lune, on gagne ?

Qu’est ce que « faire » un pays ? Poser les pieds sur le sol de l’aéroport nous octroie-t-il le droit de cocher ce pays dans notre liste ? Que représente cette liste de pays pour notre image sociale ?

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Le cas de la « travel map »

Vous l’avez surement remarqué : depuis quelques temps, les « travel maps » fleurissent sur les réseaux sociaux.

Via un site web (http://matadornetwork.com/travel-map), chacun peut créer sa propre carte des pays qu’il/elle a visité. Il suffit de cliquer sur un pays, le pays se colore en bleu. Une sorte de tableau de chasse des pays du monde.

Travelmap

En y regardant de plus près, seules les cartes « bien remplies » circulent sur les réseaux sociaux. Comme si en dessous d’un certain nombre de pays, cela ne valait pas la peine de  partager sa carte. Ces mêmes cartes viennent souvent accompagnées d’un message du type « Plus que X pays !« , ou « Un seul continent où je n’ai pas encore mis les pieds« . Les auteurs sont-ils conscients qu’ils ont de grandes chances de susciter l’envie, voire la frustration chez leurs lecteurs ? Réfléchissent-ils à cela avant de partager ?

Car pour le lecteur, « l’ami », le follower, la vue de ces cartes le ramène indéniablement à sa propre expérience du voyage. Pourquoi sa propre carte est-elle moins remplie ? Pourquoi lui reste-il tant de pays en gris (autant de pays « à faire ») ? Qu’a-t-il pu bien faire pendant que ses amis parcouraient le monde ?

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Voyager = consommer des pays ?

Si le fait de répertorier ses destinations de voyage n’est pas nouveau sur le web (TripAdvisor permet de faire ça depuis longtemps), le fait de les partager sur sa timeline facebook, à la vue de tous, lui fait prendre une nouvelle dimension : j’affiche ainsi mon tableau de chasse, ma fierté.

En bas de chaque carte, on retrouve la phrase « Travel more », comme un ordre. Telle une course, il faut voyager plus, il faut consommer du pays, il faut avoir des choses à raconter.

Dans le supermarché du monde, il est primordial de se balader avec son ticket de caisse bien en vue

Une carte bien remplie fait de vous quelqu’un d’intéressant. Car le voyageur est forcément curieux, ouvert, débrouillard, cultivé, parle plusieurs langues. Des qualités parmi les plus en vue de nos jours.

Et pourtant, il existe autant de façon de voyager que de voyageurs : nous n’avons pas rencontré une seule personne qui voyageait avec le même comportement que nous.

C’est exactement ce qui n’apparaît pas dans une travelmap : combien de temps dans chaque pays ? quelles régions ? quelles villes ? quelles activités ? seul ou à plusieurs ? en tente, auberge, hôtel ? Et le plus important, l’essentiel, la seule chose qui vaille la peine de parler de voyages : qu’as-tu aimé ou non ? Qu’en gardes-tu comme souvenir ? Que me recommanderais-tu ?

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Sommes-nous tous des Jean-Michels en puissance ?

Vous me direz : « Et c’est quelqu’un qui inonde sa page facebook et instagram de photos de voyage qui va nous faire la morale ? ». C’est vrai, Manu et moi partageons beaucoup sur notre voyage. Je ne vous ferai pas l’affront de vous dire que c’est seulement pour donner des nouvelles aux amis et à la famille. Nous avons même une travelmap ici sur laquelle apparaît notre trajet. Et nous tenons différents compteurs sur la page d’accueil de notre site, dont le nombre de pays.

Alors même si je n’ai pas l’impression d’être dans une course, même si je ne prends pas plaisir à étaler les pays que j’ai visité aux voyageurs que je rencontre, je suis consciente qu’il y a de la fierté et des étoiles qui brillent dans ce que je partage du voyage.

On a imaginé un voyage qui nous ressemblerait (descendre un continent, avec un sac léger, en prenant le moins possible l’avion, en privilégiant l’économie collaborative (quand on y arrive)). Et j’ai au fond de moi l’espoir que la façon dont on partage notre expérience suscite plus de curiosité que de jalousie ou de déprime. 

Voyages une course au nombre de pays

 

C’est certainement simplement une question d’attitude et de ressenti. Alors s’il vous plait, si ce que vous voyez de nos tribulations éveille votre curiosité, écrivez-nous et posez-nous des questions ! On sera plus qu’heureux de donner un sens à tout ça :)

 

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Pour aller plus loin : un article sur le blog « instinct-voyageur » (J’ai fait plus de 100 pays, et toi petit joueur ?)