Blog : Philosophie du voyage

Voyages : la course au nombre de pays ?

Voyages : la course au nombre de pays ?

Puis-je me permettre un coup de gueule ? Allez juste un. Ça fait un bail que je n’ai pas râlé (ce sont mes ex-collègues qui doivent être contents).

Depuis 4 mois, nous avons rencontré un nombre incalculable d’autres voyageurs. C’est très souvent l’occasion d’apprendre des tas de choses sur leurs pays d’origine, leur culture, ou bien sur les pays qu’ils ont traversé. Mais de temps en temps, nous nous nous confrontons à un spécimen qui personnellement me hérisse le poil : le « serial » voyageur. On l’appellera ici Jean-Michel (je m’excuse d’avance auprès de tous les Jean-Michels de la planète, ceci est juste un exemple).

J’ai fait X pays, … et toi ?

Jean-Michel est un voyageur, un vrai : il parcourt la planète, sac sur le dos, reflex Canon au poing, Lonely planet dans la poche. Et il aime parler. Il aime par dessus tout raconter les pays qu’il a « fait ». Oui il « fait » des pays comme moi je fais des cookies, chacun son truc.

Jean-Michel vous narrera ses randonnées incroyables dans la jungle, ses rencontres profondes avec les indigènes (et c’est finalement là, auprès de ces gens, que tu touches du doigt le sens de la vie), ses expériences hors des sentiers battus (je me rends bien compte que je suis allé là où peu d’étrangers s’aventurent). Car il en a vécu des choses, Jean-Michel. Il en a fait des pays, tellement qu’il ne les compte même plus. Mais il se fera un plaisir de vous les énumérer pour que vous connaissiez le chiffre exact. Il est en réalité très attaché à son « score » de pays.

Mais Jean-Michel est également un généreux, un être au cœur gros comme ça. Alors il va vous apprendre comment voyager (oui parce que votre façon de voyager, quelle qu’elle soit, est forcément pourrie). Il a « fait » plus de pays que nous, ce qui semble lui procurer un ascendant naturel sur ses camarades voyageurs.

Manque de tact ? Ego démesuré ? Problème de confiance en soi ? La rencontre de ce genre de personnes est toujours l’occasion d’enrichir sa réflexion sur le genre humain.

Nous avons notamment rencontré ce canadien qui s’était fixé comme objectif de visiter 100 pays avant de mourir (son site web). Il tenait donc un fichier Excel des pays visités, et nous a avoué faire parfois un détour d’une journée à la frontière d’un pays, « pour pouvoir cocher le pays dans son fichier Excel ». A cet instant, je me suis vraiment demandé quel enrichissement il tirait de ce type de voyage.

Et si on va sur la Lune, on gagne ?

Qu’est ce que « faire » un pays ? Poser les pieds sur le sol de l’aéroport nous octroie-t-il le droit de cocher ce pays dans notre liste ? Que représente cette liste de pays pour notre image sociale ?

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Le cas de la « travel map »

Vous l’avez surement remarqué : depuis quelques temps, les « travel maps » fleurissent sur les réseaux sociaux.

Via un site web (http://matadornetwork.com/travel-map), chacun peut créer sa propre carte des pays qu’il/elle a visité. Il suffit de cliquer sur un pays, le pays se colore en bleu. Une sorte de tableau de chasse des pays du monde.

Travelmap

En y regardant de plus près, seules les cartes « bien remplies » circulent sur les réseaux sociaux. Comme si en dessous d’un certain nombre de pays, cela ne valait pas la peine de  partager sa carte. Ces mêmes cartes viennent souvent accompagnées d’un message du type « Plus que X pays !« , ou « Un seul continent où je n’ai pas encore mis les pieds« . Les auteurs sont-ils conscients qu’ils ont de grandes chances de susciter l’envie, voire la frustration chez leurs lecteurs ? Réfléchissent-ils à cela avant de partager ?

Car pour le lecteur, « l’ami », le follower, la vue de ces cartes le ramène indéniablement à sa propre expérience du voyage. Pourquoi sa propre carte est-elle moins remplie ? Pourquoi lui reste-il tant de pays en gris (autant de pays « à faire ») ? Qu’a-t-il pu bien faire pendant que ses amis parcouraient le monde ?

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Voyager = consommer des pays ?

Si le fait de répertorier ses destinations de voyage n’est pas nouveau sur le web (TripAdvisor permet de faire ça depuis longtemps), le fait de les partager sur sa timeline facebook, à la vue de tous, lui fait prendre une nouvelle dimension : j’affiche ainsi mon tableau de chasse, ma fierté.

En bas de chaque carte, on retrouve la phrase « Travel more », comme un ordre. Telle une course, il faut voyager plus, il faut consommer du pays, il faut avoir des choses à raconter.

Dans le supermarché du monde, il est primordial de se balader avec son ticket de caisse bien en vue

Une carte bien remplie fait de vous quelqu’un d’intéressant. Car le voyageur est forcément curieux, ouvert, débrouillard, cultivé, parle plusieurs langues. Des qualités parmi les plus en vue de nos jours.

Et pourtant, il existe autant de façon de voyager que de voyageurs : nous n’avons pas rencontré une seule personne qui voyageait avec le même comportement que nous.

C’est exactement ce qui n’apparaît pas dans une travelmap : combien de temps dans chaque pays ? quelles régions ? quelles villes ? quelles activités ? seul ou à plusieurs ? en tente, auberge, hôtel ? Et le plus important, l’essentiel, la seule chose qui vaille la peine de parler de voyages : qu’as-tu aimé ou non ? Qu’en gardes-tu comme souvenir ? Que me recommanderais-tu ?

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Sommes-nous tous des Jean-Michels en puissance ?

Vous me direz : « Et c’est quelqu’un qui inonde sa page facebook et instagram de photos de voyage qui va nous faire la morale ? ». C’est vrai, Manu et moi partageons beaucoup sur notre voyage. Je ne vous ferai pas l’affront de vous dire que c’est seulement pour donner des nouvelles aux amis et à la famille. Nous avons même une travelmap ici sur laquelle apparaît notre trajet. Et nous tenons différents compteurs sur la page d’accueil de notre site, dont le nombre de pays.

Alors même si je n’ai pas l’impression d’être dans une course, même si je ne prends pas plaisir à étaler les pays que j’ai visité aux voyageurs que je rencontre, je suis consciente qu’il y a de la fierté et des étoiles qui brillent dans ce que je partage du voyage.

On a imaginé un voyage qui nous ressemblerait (descendre un continent, avec un sac léger, en prenant le moins possible l’avion, en privilégiant l’économie collaborative (quand on y arrive)). Et j’ai au fond de moi l’espoir que la façon dont on partage notre expérience suscite plus de curiosité que de jalousie ou de déprime. 

Voyages une course au nombre de pays

 

C’est certainement simplement une question d’attitude et de ressenti. Alors s’il vous plait, si ce que vous voyez de nos tribulations éveille votre curiosité, écrivez-nous et posez-nous des questions ! On sera plus qu’heureux de donner un sens à tout ça :)

 

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Pour aller plus loin : un article sur le blog « instinct-voyageur » (J’ai fait plus de 100 pays, et toi petit joueur ?)

Tout quitter pour voyager : pourquoi ?

Tout quitter pour voyager : pourquoi ?

En juillet dernier, je quittais mon joli CDI dans une multinationale, mon joli appartement en plein cœur de Lyon, ma jolie mutuelle santé, mes jolis tickets-restaurant et mon salaire qui tombait avec une tout aussi jolie régularité sur mon compte en banque. Emmanuel fit de même quelques semaines plus tard. Nous avions décidé de tout quitter pour voyager autour du monde.

A l’annonce de ces petits changements dans nos vies, vous avez été nombreux à nous poser cette question « Voyager, mais pourquoi faire ? », ou « Tu as tout ce qu’il te faut ici, tu vas tout gâcher pour juste voyager ?!  » ou bien encore « Qu’est ce tu vas chercher là bas que tu ne trouverais pas ici ? ».

On l’avoue : on n’y a pas mis du nôtre non plus. On n’a pas toujours su quoi répondre à ces questions. Moi-même je ne suis pas certaine de savoir quoi répondre aujourd’hui : considérons que cet article est une esquisse de réponse, après bientôt 3 mois sur la route.

Être libre

A la question « Vous voyagez combien de temps ? », pouvoir répondre « Je ne sais pas ».

La recherche de la liberté est à priori la plus simple des motivations, mais également la plus difficile à mettre en place. Je vous évite le sujet de philo du type « La liberté est-elle limitée par la nécessité de travailler ? » – vous avez 4h – calculatrice non autorisée. Simplement, du haut de mes maigres vingt cinq ans, j’ai réalisé que je n’avais jamais réellement ressenti le sentiment de liberté. Je parle de la liberté de ne pas avoir d’itinéraire, de calendrier, de prochaine étape à suivre, la liberté de changer d’avis, la liberté de ne pas avoir d’autres comptes à rendre qu’à moi-même.

Par exemple, je voyage en n’ayant pas de date de retour : je suis libre de prendre un vol pour la France quand je le souhaite, et c’est ce qui rend mon avancée si intense. Je ne suis pas contrainte par une date de retour, mais seulement par le moment où je sentirai qu’il est temps de rentrer. A quel(s) moment(s) dans nos vies avons-nous l’opportunité de ressentir cela ?

Tout quitter pour voyager

Bon, je ne vous cache pas que je ne suis pas non plus TOTALEMENT libre, il subsiste toujours quelques contraintes extérieures : le solde de mon compte en banque (coucou ma banquière si tu me lis !), les contraintes politiques/sécuritaires (non, pas de traversée de cette jungle envahie de narcotrafiquants), les conditions météo (pluie torrentielle vs chaleur caniculaire, hum on attend que ça s’arrange ou on décide de bouger ?), etc.

A mon sens, le plus difficile à gérer dans cet objectif est la part de contraintes que je m’impose à moi-même. Car le problème de ne pas avoir de plans, c’est justement que je peux tout faire, tout est à ma portée, je peux aller dans ce pays ou celui-là, ou bien les deux, ou bien encore prendre un avion et changer de continent. Je peux faire du bénévolat ou lézarder sur une plage. Je peux faire un trek de plusieurs jours ou passer la journée à manger et boire des bières. Il est donc essentiel (et difficile) de s’interroger sur ce dont j’ai vraiment envie, non pas sur l’image que j’ai envie de renvoyer, non pas sur ce qui serait judicieux de choisir, non : seulement sur ce qui me correspond à l’instant T.

Néanmoins, je ne suis pas en train de vivre un voyage de « hippie » à me laisser complètement aller à mes envies et au hasard. Pour l’instant, mon envie de voir de belles choses me pousse à avancer et j’apprécie ne pas savoir où je serai dans deux jours. Peut-être que cela changera dans quelques temps, et j’espère que je saurais déceler ce changement (ce qui nous amène au point suivant… paye ta transition).

Apprendre à se connaitre et se dépasser

Attention GROS sujet d’introspection. Est-ce que je me connais vraiment ? Est-ce que je sais m’écouter ? Pas évident pour moi de répondre à cette question dans ma vie « d’avant » : l’esprit trop pollué par une vie à 100 à l’heure (vie que j’avais choisie on est d’accord), je n’arrivais plus à savoir si je faisais les choix qui me correspondaient, ou bien ceux qui feraient plaisir à untel / seraient bons pour ma carrière / donneraient lieu à un super statut facebook (rayez les mentions inutiles).

Donc pour avoir l’esprit au clair, je me suis exilée de l’autre coté de l’Atlantique. J’aurais pu choisir de changer de job, déménager dans une nouvelle ville/pays, commencer un nouveau sport, une nouvelle activité, etc. N’importe quoi qui m’aurait confronté à des situations nouvelles, quelques fois inconfortables, et qui m’aurait permis de me recentrer sur l’essentiel.

Encore faut-il savoir quel job, quelle ville, etc. Car l’un de mes (nombreux) problèmes, c’est qu’après 5 ans d’études et 3 ans de boulot, je ne sais toujours pas ce que je veux faire de ma vie, ce qui me plait VRAIMENT (oh je suis sûre de ne pas être la seule dans ce cas). J’ai bien quelques idées, mais rien d’assez concret pour arriver à m’arrêter sur un type de poste ou un secteur. Voilà comment j’ai décidé de partir voyager, afin que le voyage au long cours et ses nombreux moments d’improvisation et de réflexion m’obligent à mieux me connaitre.

Wherewillway zone de confort

[Me sortir d’un environnement connu et maîtrisé et me mettre à l’épreuve dans l’inconfort de l’inconnu]

Et effectivement des moments comme ça, il y en a ! Tickets de bus plus valides, chambre envahie d’insectes, trop de marche pour arriver à ce lieu, agence de voyage pas très honnête, des heures à attendre dans la rue, etc. Au fil du voyage, j’apprends donc à connaitre mes seuils de tolérance (non décidément : humidité + moustiques + tarentules dans la salle de bain, c’est trop pour moi !) et même à les dépasser : qu’est  ce qu’une heure d’attente dans un voyage de plusieurs mois ? (ceux qui ont voyagé dans des bus mexicains SAVENT de quoi je parle).

Enrichir le reste de sa vie

« Voyageur, je rafle ce que je peux », Goethe

Enfin, au delà de l’instant présent, le voyage n’a de sens que dans la transformation qu’il opère en nous. Il est l’occasion pour moi de m’enrichir de tout ce que mes heures passées sur les réseaux sociaux ne pourront jamais m’offrir (comme beaucoup, je suis accro mais je me soigne). Il est une expérience, un vécu, des paysages, des situations cocasses, des personnes rencontrées, des moments de partage, des idées qui ont germées dans mon esprit. Voyager m’ouvre des portes de curiosité qui ne m’auraient jamais été données d’explorer autrement.

Un détail frappant : je sais déjà que je cuisinerai différemment, en me souvenant des associations extraordinaires de goûts que j’ai pu testé. Je sais aussi que j’ai maintenant envie de découvrir le Proche-Orient : Israël, le Liban, la Jordanie… car il suffit d’écouter les voyageurs qui y vivent parler de leur pays pour comprendre que le tableau dépeint par les médias est encore une fois biaisé.

Des empreintes comme celles-ci, j’espère en glaner encore et encore. Et qui sait, peut-être trouver quelques nouvelles idées de start-ups à lancer !

10 livres pour préparer son voyage

10 livres pour préparer son voyage

Il existe de nombreux moyens de commencer à voyager avant même d’avoir quitté son fauteuil : voici 10 livres pour préparer son voyage autour du monde !

Les sources d’inspiration pour préparer un voyage peuvent être multiples : les photos d’un ami sur les réseaux sociaux, le récit de voyage d’une connaissance,  le programme d’une agence de voyage, etc. Pour ma part, j’ai puisé beaucoup d’inspiration dans ma bibliothèque spéciale « voyage », en voici un petit extrait :

« La bible du grand voyageur » (Lonely Planet)

L’indispensable des voyageurs débrouillards, si je devais n’en retenir qu’un, ce serait celui là. De la préparation du sac selon son mode de voyage aux techniques de bateau-stop, il aborde l’ensemble des situations que le voyageur peut être amené à rencontrer (sinon, il vous apprendra également à sauter d’une voiture en marche…). Disponible ici

« 1 000 idées originales » (Geo Book)

Un magnifique recueil de lieux qui sortent des sentiers battus, pour échapper aux hordes de touristes. Mention spéciale aux photos éblouissantes ! Disponible ici

« Les plus beaux itinéraires du monde » (Geo)

Pour ceux qui ont des fourmis dans les jambes, ce livre documente les itinéraires les plus époustouflants, à faire à pied, en bateau, en voiture, à moto ou à vélo. Dépaysement garanti ! Disponible ici

« Sur la route » de Jack Kerouac

Un grand classique, avec quelques longueurs certes, écrit en 3 semaines par l’auteur sur un seul rouleau de papier, qui raconte le nomadisme de toute une génération du milieu du XXème siècle aux Etats-Unis. J’en ai retenu l’idée qu’il ne faut pas hésiter à « mettre les voiles » lorsque notre lieu de vie de nous convient plus.. et c’est ce qu’on fait :) Disponible ici

« Mange, prie, aime » d’Elizabeth Gilbert

A préférer à l’adaptation catastrophique qui en a été faite au cinéma, ce voyage est celui d’une trentenaire perdant peu à peu le contrôle de sa vie, et qui, trouvant refuge dans la méditation, entreprend un périple en forme de triptyque (Italie, Inde, Indonésie) pour marquer chaque étape de sa reconstruction. C’est un des premiers livres qui m’a donné envie de plier bagage ! Disponible ici

« Petit traité sur l’immensité du monde » de Sylvain Tesson

Sylvain Tesson, serial globe trotteur, écrit avec justesse et poésie sur toutes les composantes du voyage : le rapport au temps, à l’autre, à sa propre existence, aux itinéraires déjà tracés, à la Nature, et ponctue son analyse de ses expériences incroyables. Disponible ici

« Le livre à offrir à un voyageur » de Raphaële Vidaling

Cadeau reçu de mon adorable coloc, ce petit recueil condense citations, anecdotes, us et coutumes et manuel de survie, le tout avec humour et décalage. Disponible ici

« Cent ans de solitude » de Gabriel Garcia Marquez

Un autre classique, que je viens de commencer, et que je garde au chaud pour la partie « Amérique du Sud » du voyage, il nous plonge dans la vie d’une petite communauté d’Amérique du Sud (justement) sous le joug d’une malédiction centenaire, entre sédentarité et nomadisme. Disponible ici

« Petite philosophie du marcheur » de Christophe Lamoure

Une réflexion approfondie sur les enjeux spirituels de la marche : le voyage y est considéré avant tout comme un mouvement intérieur, le déplacement physique n’étant qu’une de ses concrétisations. Je ne dois pas avoir l’esprit assez ouvert à la philo car je n’ai pas réussi à le terminer, mais la première partie est tout à fait accessible et inspirante ! Disponible ici

« Le pouvoir du moment présent » d’Eckhart Tolle

On s’éloigne un peu du thème précis du voyage puisque les enseignements de ce livre peuvent tout aussi bien être appliqués à la vie quotidienne. Eckhart Tolle donne un certain nombre de pistes pour s’affranchir de notre besoin de « projection » (ex: penser à l’itinéraire du lendemain) et se concentrer sur ce que l’on vit réellement. La base. Disponible ici

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En espérant vous avoir donné quelques pistes d’inspiration ! Si vous avez aussi des bouquins à l’effet « je quitte tout et je pars au bout du monde », n’hésitez pas à me les envoyer ;)