Tout quitter pour voyager : pourquoi ?

Tout quitter pour voyager : pourquoi ?

En juillet dernier, je quittais mon joli CDI dans une multinationale, mon joli appartement en plein cœur de Lyon, ma jolie mutuelle santé, mes jolis tickets-restaurant et mon salaire qui tombait avec une tout aussi jolie régularité sur mon compte en banque. Emmanuel fit de même quelques semaines plus tard. Nous avions décidé de tout quitter pour voyager autour du monde.

A l’annonce de ces petits changements dans nos vies, vous avez été nombreux à nous poser cette question « Voyager, mais pourquoi faire ? », ou « Tu as tout ce qu’il te faut ici, tu vas tout gâcher pour juste voyager ?!  » ou bien encore « Qu’est ce tu vas chercher là bas que tu ne trouverais pas ici ? ».

On l’avoue : on n’y a pas mis du nôtre non plus. On n’a pas toujours su quoi répondre à ces questions. Moi-même je ne suis pas certaine de savoir quoi répondre aujourd’hui : considérons que cet article est une esquisse de réponse, après bientôt 3 mois sur la route.

Être libre

A la question « Vous voyagez combien de temps ? », pouvoir répondre « Je ne sais pas ».

La recherche de la liberté est à priori la plus simple des motivations, mais également la plus difficile à mettre en place. Je vous évite le sujet de philo du type « La liberté est-elle limitée par la nécessité de travailler ? » – vous avez 4h – calculatrice non autorisée. Simplement, du haut de mes maigres vingt cinq ans, j’ai réalisé que je n’avais jamais réellement ressenti le sentiment de liberté. Je parle de la liberté de ne pas avoir d’itinéraire, de calendrier, de prochaine étape à suivre, la liberté de changer d’avis, la liberté de ne pas avoir d’autres comptes à rendre qu’à moi-même.

Par exemple, je voyage en n’ayant pas de date de retour : je suis libre de prendre un vol pour la France quand je le souhaite, et c’est ce qui rend mon avancée si intense. Je ne suis pas contrainte par une date de retour, mais seulement par le moment où je sentirai qu’il est temps de rentrer. A quel(s) moment(s) dans nos vies avons-nous l’opportunité de ressentir cela ?

Tout quitter pour voyager

Bon, je ne vous cache pas que je ne suis pas non plus TOTALEMENT libre, il subsiste toujours quelques contraintes extérieures : le solde de mon compte en banque (coucou ma banquière si tu me lis !), les contraintes politiques/sécuritaires (non, pas de traversée de cette jungle envahie de narcotrafiquants), les conditions météo (pluie torrentielle vs chaleur caniculaire, hum on attend que ça s’arrange ou on décide de bouger ?), etc.

A mon sens, le plus difficile à gérer dans cet objectif est la part de contraintes que je m’impose à moi-même. Car le problème de ne pas avoir de plans, c’est justement que je peux tout faire, tout est à ma portée, je peux aller dans ce pays ou celui-là, ou bien les deux, ou bien encore prendre un avion et changer de continent. Je peux faire du bénévolat ou lézarder sur une plage. Je peux faire un trek de plusieurs jours ou passer la journée à manger et boire des bières. Il est donc essentiel (et difficile) de s’interroger sur ce dont j’ai vraiment envie, non pas sur l’image que j’ai envie de renvoyer, non pas sur ce qui serait judicieux de choisir, non : seulement sur ce qui me correspond à l’instant T.

Néanmoins, je ne suis pas en train de vivre un voyage de « hippie » à me laisser complètement aller à mes envies et au hasard. Pour l’instant, mon envie de voir de belles choses me pousse à avancer et j’apprécie ne pas savoir où je serai dans deux jours. Peut-être que cela changera dans quelques temps, et j’espère que je saurais déceler ce changement (ce qui nous amène au point suivant… paye ta transition).

Apprendre à se connaitre et se dépasser

Attention GROS sujet d’introspection. Est-ce que je me connais vraiment ? Est-ce que je sais m’écouter ? Pas évident pour moi de répondre à cette question dans ma vie « d’avant » : l’esprit trop pollué par une vie à 100 à l’heure (vie que j’avais choisie on est d’accord), je n’arrivais plus à savoir si je faisais les choix qui me correspondaient, ou bien ceux qui feraient plaisir à untel / seraient bons pour ma carrière / donneraient lieu à un super statut facebook (rayez les mentions inutiles).

Donc pour avoir l’esprit au clair, je me suis exilée de l’autre coté de l’Atlantique. J’aurais pu choisir de changer de job, déménager dans une nouvelle ville/pays, commencer un nouveau sport, une nouvelle activité, etc. N’importe quoi qui m’aurait confronté à des situations nouvelles, quelques fois inconfortables, et qui m’aurait permis de me recentrer sur l’essentiel.

Encore faut-il savoir quel job, quelle ville, etc. Car l’un de mes (nombreux) problèmes, c’est qu’après 5 ans d’études et 3 ans de boulot, je ne sais toujours pas ce que je veux faire de ma vie, ce qui me plait VRAIMENT (oh je suis sûre de ne pas être la seule dans ce cas). J’ai bien quelques idées, mais rien d’assez concret pour arriver à m’arrêter sur un type de poste ou un secteur. Voilà comment j’ai décidé de partir voyager, afin que le voyage au long cours et ses nombreux moments d’improvisation et de réflexion m’obligent à mieux me connaitre.

Wherewillway zone de confort

[Me sortir d’un environnement connu et maîtrisé et me mettre à l’épreuve dans l’inconfort de l’inconnu]

Et effectivement des moments comme ça, il y en a ! Tickets de bus plus valides, chambre envahie d’insectes, trop de marche pour arriver à ce lieu, agence de voyage pas très honnête, des heures à attendre dans la rue, etc. Au fil du voyage, j’apprends donc à connaitre mes seuils de tolérance (non décidément : humidité + moustiques + tarentules dans la salle de bain, c’est trop pour moi !) et même à les dépasser : qu’est  ce qu’une heure d’attente dans un voyage de plusieurs mois ? (ceux qui ont voyagé dans des bus mexicains SAVENT de quoi je parle).

Enrichir le reste de sa vie

« Voyageur, je rafle ce que je peux », Goethe

Enfin, au delà de l’instant présent, le voyage n’a de sens que dans la transformation qu’il opère en nous. Il est l’occasion pour moi de m’enrichir de tout ce que mes heures passées sur les réseaux sociaux ne pourront jamais m’offrir (comme beaucoup, je suis accro mais je me soigne). Il est une expérience, un vécu, des paysages, des situations cocasses, des personnes rencontrées, des moments de partage, des idées qui ont germées dans mon esprit. Voyager m’ouvre des portes de curiosité qui ne m’auraient jamais été données d’explorer autrement.

Un détail frappant : je sais déjà que je cuisinerai différemment, en me souvenant des associations extraordinaires de goûts que j’ai pu testé. Je sais aussi que j’ai maintenant envie de découvrir le Proche-Orient : Israël, le Liban, la Jordanie… car il suffit d’écouter les voyageurs qui y vivent parler de leur pays pour comprendre que le tableau dépeint par les médias est encore une fois biaisé.

Des empreintes comme celles-ci, j’espère en glaner encore et encore. Et qui sait, peut-être trouver quelques nouvelles idées de start-ups à lancer !

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